Les fondements

" établi dans le yoga, tu peux agir "

Le Yoga

Le yoga (sanskrit devanāgarī : योग ; « union, joug, méthode1», « mise au repos2 ») est l'une des six écoles orthodoxes de la philosophie indienne āstika dont le but est la libération (moksha) du cycle des renaissances (samsara) engendré par le karma individuel. C'est une discipline visant, par la méditation, l'ascèse morale et les exercices corporels, à réaliser l'unification de l'être humain dans ses aspects physique, psychique et spirituel3.

Le mot yoga se retrouve dans le Rig-Véda dont la composition remonte entre le XVe siècle av. J.-C. et Xe siècle av. J.-C.. Il n’y est toutefois pas employé au sens de la discipline spirituelle qui nous concerne ici, mais dans d’autres sens, tel qu’attelage, etc., bien que certains, comme Tara Michael, réinterprètent ces termes en ce sens4. Ce n'est qu'à partir de certaines Upanishads tardives, telle que la Shvetashvatara-upanishad qu'il est mentionné5. C'est entre le IIe siècle av. J.-C. et le Ve siècle que Patañjali codifie la philosophie du yoga en rédigeant les Yoga Sūtra, texte de référence et synthèse de toutes les théories existantes6.

Les quatre voies (mārga) traditionnelles majeures de yoga sont le jnana-yoga, bhakti-yoga, karma-yoga et raja-yoga.

Le terme yoga est communément utilisé aujourd'hui pour désigner le hatha-yoga, même si cette discipline n'en est qu'une branche.

En 2014, l'ONU décrète le 21 juin « Journée internationale du yoga »7.

Etymologie

Le mot « yoga » (devānagarī : योग) est, dans la langue sanskrite, un nom masculin construit par adjonction à la racine YUJ- d'une voyelle thématique -a 8. Lorsque cette dérivation primaire s'effectue sur une racine portée au degré plein (dit aussi degré guṇa), elle fournit le thème d'un nom d'action généralement masculin. Portée au degré guṇa, la racine YUJ- devient YOJ-. Les lois phonétiques du sanskrit demandent de prononcer, dans certains cas, la palatale sonore j- sur le point d'articulation de la gutturale sonore g-9 .

Le radical YUJ- devient donc YOG-. Ce radical provient du mot Indo-Européen *yugóm, lui-même dérivée de la racine *yeug-. En Indo-Européen comme dans la plupart des langues filles, ce mot a gardé son sens originel de joug (par exemple : yukan en hittite, iugum en latin, یوغ en persan, etc.)10. YOG- permet ensuite différentes dérivations primaires, dont celle du thème nominal yoga-.

Toutefois, dans le recueil paninéen des racines verbales, le dhatu-patha, une autre racine YUJ est donnée, signifiant « repos » (samadhi), c’est celle-ci qui est retenue par le commentateur Vyasa2. Comme l’affirme la définition du Yoga-sutra : « le yoga est l’arrêt (la mise au repos) des mouvements du mental »11

Yoga sutra

Cette suite de 195 aphorismes fut codifiée aux environs du iie siècle av. J.-C. par Patañjali. Ils traitent de l'univers intérieur de l'homme et des moyens à mettre en œuvre pour se libérer de la nescience (अविद्या avidyā) entraînant la souffrance. Les Yoga Sūtra24 codifient la pratique du yoga en quatre chapitres :

  • Chapitre I, De l'unification25 : Samâdhi pāda.
Le premier sutra "Et maintenant voici l’enseignement du yoga"26 est interprété par les commentateurs comme faisant allusion à la chaîne de transmission maître-disciple. ce chapitre définit tout de suite l'objectif du yoga27 qui n'est pas sans surprendre les occidentaux habitués à ne connaitre que la pratique des âsana (postures) : pour Patañjali, il s'agit d'une cessation de l'agitation du mental28 qui stimule la souffrance et la confusion de l'égo pris pour le Soi29. Puis il indique les obstacles et les moyens pour les vaincre : finalement, il présente un modèle, et décrit les différents stades du samâdhi.
  • Chapitre II, Du cheminement : sādhana pāda.
Ce chapitre expose les causes de la souffrance et propose la discrimination comme moyen d'en sortir. Pour développer la discrimination, l'observance simultanée des huit directions de l'ashtanga yoga constitue les fondements de la pratique du yoga.
1- yama : pratiquer les devoirs moraux élémentaires envers les autres comme envers soi-même.
2- niyama : se discipliner et se mesurer dans la pratique quotidienne.
3- āsana : se tenir tranquille de façon stable ; Patañjali ne parle à aucun moment de position particulière ni assis ni debout.
4- Prāṇāyāma : devenir conscient de la respiration ; Patañjali ne détaille aucun Prāṇāyāma, et ne parle jamais de contrôle du souffle.
5- pratyāhāra : savoir séparer la perception sensorielle de l'objet perçu.
Ces cinq aṅga (membres) constituent les bases du hatha-yoga.
  • Chapitre III, Des pouvoirs : vibhûti pāda.
Description des trois derniers anga :
6- dhāraṇā : concentration, garder l'esprit concentré, fixé sur un point.
7- dhyāna : méditation profonde, fixer toute la saisie sensorielle au cœur de l'objet perçu (se reporter à méditation).
8- samādhi : contemplation profonde, percevoir les objets et événements hors de toute projection personnelle.
Puis ce chapitre évoque l'accès aux pouvoirs merveilleux (siddhi), et avertit que la quête de ces pouvoirs peut devenir une entrave.
  • Chapitre IV, De l'émancipation : Kaivalaya pāda.
Exposé du Karma et de la dualité, puis de la dualité vers l'unité. C'est une reprise approfondie de tous les thèmes déjà exposés vers le détachement ultime qui mène à la liberté.

Bhagavad Gītā

Le plan philosophique est complété par la Bhagavad Gītā. La Bhagavad Gītā aborde les différentes voies du yoga et leurs philosophies. Elle s'articule en dix-huit sous-chapitres, étant elle-même un des chapitres du Mahābhārata. Le verset 48 du chapitre 2 (Yogasthaḥ kuru karmāṇi « établi dans le yoga, tu peux agir ») constitue l'aphorisme central de la pratique du yoga.

Approche philosophique

Yoga dans la philosophie indienne

 
 
Yogini, Tamil Nadu.

Le yoga est l'un des six points de vue (darśana) des philosophies indiennes āstika (qui reconnaissent l'autorité du veda). Ils fonctionnent par paires : nyāya et vaiśeṣika, sāṃkhya et yoga, mīmāṃsā et vedānta. Ces darśana sont considérés comme essentiels pour obtenir une vue complète de la réalité. C'est en effet la juxtaposition de ces six voies de la connaissance qui permettrait de saisir l'ensemble « comme nous regardons une statue sous des angles différents avant de pouvoir nous en former une idée d'ensemble »30.

Au Sāṃkhya31, système dualiste et athée, le yoga emprunte de nombreux éléments théoriques dont : le Puruṣa32, la Prakṛti et les guṇa33.

« Celui qui demeure dans le champ de l'ignorance, est victime des cinq obstacles34 que sont l'ignorance, l'ego, l'attachement tout autant matériel qu’à ses propres idées, la répulsion et la peur de la mort35. ».

But philosophique en Occident

Le but du yoga selon la conception occidentale est la quête d'une harmonie, d'une unité corps et esprit. Pour Patañjali, c'est aussi la cessation des modifications du mental (citta), sources du karma. Cet état s'inscrit dans l'instant présent, et est potentiellement accessible à tout être humain. « Au cœur du yoga il y a un message important : tout être humain est naturellement équilibré et entier car le Soi 36 ne peut être ni détruit ni endommagé. C'est là notre nature inhérente, et le yoga est la voie vers une plus grande conscience de cette entité intérieure, le Soi"37. « Lorsque nous suivons systématiquement la voie du yoga, il prend dans notre vie une importance profonde. Intérieurement, il nous permet d'agir conformément à nos besoins, à nos intentions et aux valeurs qui nous sont les plus chères. Extérieurement, il nous apprend à renforcer notre corps, à détendre et à équilibrer notre système nerveux et à trouver la paix et la concentration sur un objet. En fin de compte, on dit que le yoga mène à la réalisation directe de notre nature véritable »38. »

Le yoga est une philosophie sans exclusivité : toutes les convictions, même religieuses ou humanistes, peuvent y trouver leur compte. Pour autant, le yoga n'est pas une religion. Le yoga propose l'union, les choix religieux39 ou non40 demeurant respectés. L'essentiel est la cessation des perturbations du psychique : le respect d'autrui, la paix et la non-violence (ou Ahimsâ).

Source des informations:

Wikipédia

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